Les « ojol » d’Indonésie : les motos-taxis au cœur de la lutte sociale

Dans un pays aussi riche en diversité culturelle et en dynamisme économique que l'Indonésie, un phénomène marquant a émergé au cœur des grandes villes : les « ojol », ou motos-taxis, qui ont réussi à s'intégrer dans le tissu urbain. Ces services de transport, souvent assurés par des plateformes en ligne, sont devenus incontournables pour millions d'Indonésiens. Cependant, la mort tragique d’Affan Kurniawan, un jeune livreur, a mis en lumière les défis et les luttes de cette catégorie professionnelle. En effet, le développement rapide des ojol soulève des questions essentielles sur les conditions de travail, la reconnaissance des droits des travailleurs et la façon dont ces jeunes mobilisent leur énergie dans une véritable lutte sociale.
La montée en puissance des ojol : Une réponse aux besoins de mobilité en Indonésie
Les ojol, contraction de « ojek » (moto-taxi en indonésien) et de « online », ont montré leur efficacité face à l'engorgement des villes comme Jakarta. Avec des trajets rapides et des coûts abordables, ils répondent à une véritable demande de mobilité. Les jeunes professionnels de ces services sont souvent en position précaire, ce qui les rend vulnérables à de nombreuses dérives allant de la manipulation tarifaire à l'absence de protection sociale.
Au fil des années, la vitesse de croissance de ces services a été stupéfiante. En 2025, des études ont révélé que près de 80 % des jeunes citadins préféreraient les ojol pour leurs déplacements quotidiens. Cette tendance a également ouvert la porte à de nouvelles opportunités économiques. En effet, la possibilité de travailler à la demande via des applications mobiles a capté l'attention de nombreux Indonésiens à la recherche d'une source de revenus supplémentaire.
Toutefois, cette effervescence économique s'accompagne de véritables défis. La discrimination et la précarité sont des réalités omniprésentes. Les chauffeurs sont souvent considérés comme des travailleurs indépendants, ce qui leur retire l'accès à des avantages sociaux, à des assurances maladies et à des retraites, alors même qu'ils contribuent à l'économie informelle d'une manière significative.

Les manifestations : un cri de ralliement pour les droits des ojol
La lutte pour les droits des ojol a culminé avec les récentes manifestations qui ont secoué les rues de Jakarta. Des milliers de chauffeurs se sont rassemblés pour dénoncer leurs conditions de travail, comme la baisse des tarifs ou l'augmentation des commissions prélevées par les plateformes. La mort tragique d’Affan Kurniawan a agi comme un catalyseur pour cette mobilisation. En étant victime d’une répression policière alors qu'il effectuait une livraison, il a symbolisé la lutte des jeunes travailleurs.
Les revendications des ojol s'articulent autour de plusieurs points majeurs. Ils demandent notamment un plafonnement des commissions à 10 %, alors que ces dernières peuvent atteindre 70 % dans certains cas de livraison. En effet, cette situation, perçue comme injuste, renforce le sentiment d'exploitation parmi les chauffeurs. Au-delà des questions économiques, ils aspirent à être reconnus comme de véritables travailleurs, avec des droits similaires à ceux des employés traditionnels. L’absence de protection sociale est un point sensible, et le désir d'accéder à des droits fondamentaux est de plus en plus pressant.
Impacts de la technologie mobile sur le secteur des ojol
Les innovations technologiques ont profondément transformé le paysage des transports urbains en Indonésie. Les applications mobiles, permettant de commander un transport en quelques clics, ont contribué à l'essor des ojol. Cependant, cette dépendance à la technologie mobile présente également des inconvénients majeurs, notamment le risque d'exploitation. Les plateformes exploitent souvent la faible culture numérique de leurs chauffeurs, consolidant ainsi une hiérarchie défavorable.
Les ojol utilisent ces technologies pour se coordonner et améliorer leur efficacité. Grâce à des outils de communication instantanée, ils peuvent échanger des informations sur les meilleures routes, les zones d’affluence, ou encore les conditions climatiques. Ce partage de connaissances, au cœur de l’économie informelle, leur permet de mieux se défendre face à l’imprévisibilité du marché. Cependant, la technologie peut aussi être source de stress, car les algorithmes qui déterminent les tarifs et les temps d’attente sont souvent opaque.
Les défis liés à la technologie ne se limitent pas uniquement aux chauffeurs. Les plateformes, tout en proposant des services innovants, sont souvent peu transparentes sur leurs politiques tarifaires, ce qui suscite des craintes parmi les utilisateurs et les conducteurs. Dans ce contexte, les ojol souhaitent s'organiser pour défendre leurs droits, établir des syndicats et exiger une meilleure régulation du secteur.

Les conditions de travail des ojol : un constat alarmant
Les conditions de travail des ojol suscitent une profonde inquiétude. Leurs horaires de travail sont souvent étendus, et la pression pour atteindre un certain nombre de courses par jour crée un environnement de stress permanent. Cette situation est aggravée par des problèmes de sécurité routière, amplifiés par la vitesse à laquelle ils doivent répondre aux commandes. De multiples accidents de la route touchent régulièrement des chauffeurs dans ce secteur.
Il faut également prendre en compte l'aspect psychologique de ce métier. De nombreux ojol ont mentionné des sentiments d'isolement, dus à la nature intrinsèquement solitaire de leur travail. Ces éléments peuvent nuire à leur bien-être et réduire leur qualité de vie, avec des implications sur leur santé mentale. Il est donc crucial que les autorités, ainsi que les plateformes, prennent ce phénomène en considération pour développer des politiques d'accompagnement adaptées.
Le rôle de l’économie informelle dans la lutte pour les droits des ojol
L'économie informelle, dans laquelle opèrent les ojol, représente un enjeu fondamental pour le développement socio-économique du pays. Les ojol ne sont pas seulement des moyens de transport ; ils incarnent également un moyen de subsistance pour des milliers de familles. En tant que tel, leur précarité incarne des réalités sociales plus larges, telles que le chômage et les disparités économiques. Une étude révèlerait que plus de 30 % des ojol vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Pour faire face à cette situation, les ojol n'hésitent plus à se rassembler pour revendiquer leurs droits. Cela se traduit par la création de collectifs et syndicat qui visent à améliorer les conditions de travail et à obtenir des négociations justes avec les plateformes. Cet élan collectif incarne une lutte sociale importante dans un pays où les droits des travailleurs sont souvent marginalisés.
Les actions au niveau politique : une quête de reconnaissance
Face aux défis qu'ils rencontrent, les ojol cherchent de plus en plus une reconnaissance au niveau politique. Cela implique non seulement la demande de lois et régulations visant à protéger leurs droits, mais aussi une volonté d'engager un dialogue avec les autorités. Les syndicats et collectifs de chauffeurs tentent d'évaluer les initiatives politiques, comme la proposition de la mise en place d'un statut pour les travailleurs des plateformes.
Ce besoin de dialogue et de reconnaissance est d'autant plus pertinent au regard des récents événements, comme la mort d’Affan Kurniawan. Ce tragique incident a souligné l'importance d'une régulation plus stricte afin d'assurer la sécurité des travailleurs. Les ojol opèrent dans un cadre souvent flou, et leur désir est de voir leurs préoccupations prises en compte par les décideurs.
La construction d'une politique publique favorable aux ojol pourrait également impliquer des formations sur la sécurité routière, l'accès à des assurances adaptées et une régulation des tarifs. Ces mesures ne seraient pas seulement bénéfiques pour les chauffeurs, mais également pour le secteur du transport urbain dans son ensemble. En résumé, les ojol s'inscrivent dans une dynamique de lutte sociale qui pourrait marquer profondément l'évolution du paysage des transports en Indonésie.
Source: www.lemonde.fr
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